Origines de la gestion par projet

La gestion par projet (ou project management) occupe actuellement une place centrale dans le domaine de la gestion. Cependant, sur le plan historique, cette notion s'est développée de manière progressive, à l'intersection de l'ingénierie, de l'organisation scientifique du travail et des mutations économiques du XXᵉ siècle.

 

La gestion des grands projets avant le XXᵉ siècle

 

Très tôt, avant même que la gestion par projet soit théoriquement définie, des sociétés ont accompli des réalisations complexes qui nécessitaient déjà une forme d'organisation par projet.

Dès l'Antiquité avec, par exemple, les pyramides d’Égypte et deux siècles avant notre ère avec le début de la construction de la muraille de Chine qui s'étendit jusqu'au XVIIᵉ siècle, le plus long édifice du monde.

Au début de notre ère, la pyramide de Teotihuacan au Mexique.

Au Moyen Âge, avec les châteaux forts, les cathédrales européennes, le temple de Borobudur en Indonésie, le plus grand monument bouddhiste au monde, et les temples d'Angkor, hindouistes, puis bouddhistes, au Cambodge, qui forment encore l'ensemble religieux le plus grand au monde.

Ou encore dès le XVIIᵉ siècle avec la construction des premiers longs canaux.

Et, par la suite, au XIXᵉ siècle avec les grandes constructions d'infrastructures comme les chemins de fer, le canal de Suez et, au tout début du XXᵉ siècle, le canal de Panama.

Que remarque-t-on ?

Il s'agit principalement de grands et très longs projets de construction religieuse, de défense et d'infrastructures de transport.
La « gestion de projet » se confond avec celle des techniques ou des professions. La gestion du projet était essentiellement assurée par l'ingénierie, « le comment réaliser ».

Concernant le financement privé de projets, au Moyen Âge, des concessions ont commencé d'apparaître pour des professions monopolisées grâce au pouvoir du ban, dans le but de fournir des ressources publiques aux communes.
Il ne s'agit donc pas d'une nouveauté!

 

La gestion des grands projets depuis le XXᵉ siècle

 

De 1900 à 1970, émergence de la gestion de projet

La gestion par projet, dès le début du XXᵉ siècle, a commencé à se théoriser, se formaliser et se doter d'outils de gestion. La gestion de projet ne devient un modèle de gestion que dans les années 1950 et 1960.

En 1903, Karol Adamiecki, un chercheur polonais, a proposé la méthode du « chronomètre » permettant la détermination du temps nécessaire pour effectuer des travaux dans certaines conditions techniques et organisationnelles sur la base de mesures de temps. Il s'agit de l'apparition de la mesure du travail, renforcée par la suite par Taylor. À l'issue de ses recherches d’organisation du travail collectif dans les laminoirs, il a inventé l’« harmanogramme ». Ancêtre du diagramme de Gantt, parce qu'il a constaté que la principale cause des pertes de temps dans le processus de production était le manque de coordination entre les différentes opérations.

En 1911, F. W. Taylor a publié le livre « The Principles of Scientific Management » pour augmenter la productivité.

Puis, en 1917, le « diagramme de Gantt » a été inventé pour améliorer la gestion du temps.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la recherche opérationnelle est apparue grâce aux efforts conjoints d'éminents mathématiciens (parmi lesquels von Neumann, Dantzig, Blackett) à qui il avait été demandé de fournir des techniques d'optimisation des ressources militaires. En 1940, le prix Nobel de physique Patrick Blackett a réussi à résoudre un problème d'implantation optimale de radars de surveillance. L'appellation opérationnelle est due au fait que les premières utilisations de cette discipline concernaient les opérations militaires. Ensuite, les entreprises et les administrations ont progressivement instauré des cellules, des services qui ont pour mission d'assister dans la prise de décision. Souvent appelés services de recherche opérationnelle, ils regroupent des spécialistes de divers domaines ; cette aide à la décision vise principalement à optimiser l'utilisation des ressources disponibles.

L'organisation du projet Manhattan (1942-1945 : production des premières bombes atomiques) a également été novatrice, avec une structure organisationnelle lourde (civile et militaire) et secrète, ainsi que l'introduction du « colloquium », ancêtre des « project war rooms ». Le colloque, plus que toute autre forme d'organisation locale, était perçu comme l'expression et le moyen de la solidarité et de l'intégration. Les scientifiques de Los Alamos tenaient, presque sans exception, à ce que chacun ait une vision d'ensemble de la manière dont son travail spécialisé s'inscrivait dans celui des autres, ainsi que dans les objectifs fondamentaux du laboratoire dans son ensemble. L'information (même très filtrée), estimaient-ils, devait circuler dans tout le laboratoire aussi efficacement que possible. La solution consistait simplement à favoriser davantage d'interactions directes et libres, à encourager les réunions et les discussions à autant de niveaux que possible et entre autant de groupes de travail spécialisés que possible. C'est ainsi et c'est pourquoi le colloque hebdomadaire destiné à l'ensemble du personnel a pris une telle importance. Le colloque était considéré comme un important moyen de diffusion de l’information, mais également comme un moyen de créer une solidarité et une responsabilité face à face.

En 1956, le modèle en cascade (« waterfall »), initialement inventé pour les projets logiciels, est une organisation des activités d'un projet sous forme de phases linéaires et séquentielles. Chaque phase correspond à une spécialisation des tâches et dépend des résultats de la phase précédente. Ce modèle est l'ancêtre du cycle en V.

Le PERT (Program Evaluation and Review Technique) a été développé à la demande de la marine américaine en 1958 pour réduire les délais de réalisation de leurs programmes militaires, ainsi que le CPM (Critical Path Method = le chemin critique).

Le WBS (Work Breakdown Structure) a été créé par le département de la Défense américaine en 1962 pour diviser les grandes tâches en sous-tâches plus petites et plus gérables pour faciliter la planification en distinguant bien « le quoi faire » du « comment réaliser ». La gestion commence à se distinguer franchement de l'ingénierie.
À cette époque, la distinction entre WBS « le quoi faire pour » et PBS « le pour faire quoi » n'est pas encore établie et le WBS reste hiérarchique et figé.

Ainsi, dans les années 1960, ces « nouvelles » méthodes de gestion étaient principalement axées sur la réduction du temps de réalisation. Optimiser et planifier (organiser selon un plan) étaient les principes essentiels de la gestion du projet afin de déterminer les ressources les plus optimales en respectant un calendrier qui établit les étapes à suivre. La méthode de gestion de projet est plutôt lourde, rigide et séquentielle, marquée par une approche systémique fermée. La création en 1965 de l’IPMA (International Project Management Association) puis en 1969 du PMI (Project Management Institute) marquent l'émergence du management de projet comme discipline distincte.

De 1970 à 2000

(A suivre…)